Deux Justes

Marie
Mère deux fois
Deux fois pères était aussi
Pierre mon père.
Je suis celle qui devait naitre
Celle là ignore encore
De quel or trempé
Fut le courage de ces deux là

A leur clairière
À leur mitan
Coule un torrent.
Il roule la lumière sur les pierres
Parle Esprit Saint et le patois de gens.

Qui de Pierre et Marie désigne aux registres
Les noms des morts ?
Les noms des morts vivent
De foi nouvelle.
De foi nouvelle
Couvrent l’étoile d’une étole de baptême,

Elle a la peur au ventre, Marie, la jeune courageuse.
Déjà deux enfants
Et comme eux des joues pleines des bras ronds des rires faciles.
La peur au ventre elle appuie sur les pédales.
Grenoble est noir
De croix damnées.
Les faux papiers complotent délivrance aux réfugiés.

Lui, instruit les enfants d’un village d’Oisans
Il omet des noms sur ses listes d’appel
Couve d’oubli ces oisillons, les a à l’œil comme les autres
Pour tous il est le maître.

Moi qui ne suis pas encore née
Ai-je alors l’idée de quelle lumière
Sourd le courage ordinaire de ces deux là
Et la beauté de leur cœur clair ?

Ils complotent, Marie et Pierre
Se parlent dans le lit
À part égale d’intelligence et de risque, distribuent leur rôle.
Deux fils dorment au dessus de la mairie école
Une bulle de lait respire aux lèvres
Du petit

Lui et elle sont jeunes
Amoureux époux amants parents.
À parité dans les choix et les risques
(Nés nouvellement de cette parité ? Étonnés tous les deux par l’autre et d’être pour eux même autre ? Heureux et un peu ivre, vertigineux ?)

Longtemps après
Alors que vos corps seuls prennent retraite au pays
Le nom de Justes vous est venu sans crier gare
Comme un baptême
Une échappée belle jamais imaginée
Paris, Jérusalem, sur les murs mémoriels
Vos noms se mêlent aux inconnus
Une famille nouvelle, libre des liens du sol et du sang,
Libre de nous tous, vos enfants

Lumière qui fut est ?
Le temps extrait un grain d’éternité ?
Qui sait

24 juin 2019

Vos commentaires

  • Le 24 juin 2019 à 14:06, par jocelyne En réponse à : Deux Justes

    Magnifique et émouvant poème… Un bel hommage aux parents disparus dont la mémoire est inscrite dans la pierre. Un bel hommage rendant justice à des êtres qui ont écoutés un appel intérieur et y ont répondu courageusement, lucidement et simplement… Un bel hommage...

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    • Le 14 juillet 2019 à 18:30, par Monique En réponse à : Deux Justes

      Merci. Je suis heureuse que ce poème vous touche. De penser à toutes ces personnes anonymes qui se sont mises en danger en trouvant normal de faire ce qu’il fallait , sans rien en attendre, entretient l’espérance. Pierre et Marie, quand ils s’animent sous mon regard, je les vois jeunes, plein d’ardeur, homme et femme égaux dans le danger. Ils portent une lumière qui vient à la rescousse du présent.

      Répondre à ce message

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